Saviez-vous que réaliser un stage en entreprise ou acquérir des compétences transversales ne sont pas toujours obligatoires dans les cursus universitaires ? Par compétences transversales, on fait référence notamment au savoir-faire, à la communication, à l’esprit d’équipe, aux aptitudes comportementales, à la capacité de résolution des problèmes, ou encore à la gestion du temps. En 2026, ces dimensions demeurent encore largement absentes des parcours académiques formels.
Certes, les compétences disciplinaires sectorielles sont indispensables mais pas suffisantes à garantir l’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Le manque de compétences transversales chez les jeunes diplômés est souvent identifié comme l’un des obstacles à leur employabilité. Dès lors, quelles solutions envisager pour pallier ces lacunes et faciliter l’intégration des jeunes sur le marché du travail ?
Pour en savoir plus, le Programme Interreg NEXT MED a interviewé deux personnes de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), chef de file de EUSEEDS, un projet qui vise à améliorer l’employabilité des jeunes dans 5 pays de la Méditerranée orientale (Chypre, Égypte, Jordanie, Liban et Palestine) en mettant l’accent sur les compétences transversales, numérique et entrepreneuriales.
Nathalie Bitar, directrice régionale adjointe à l’AUF Moyen-Orient et Joey Ghanem, responsable du projet EUSEEDS, toutes deux basées à Beyrouth au Liban, sont revenues sur les causes de ce déficit de compétences transversales chez les jeunes, leur impact sur l’employabilité, ainsi que sur certaines solutions proposées par le projet pour contribuer à résoudre une partie de ce défi majeur qu’est le chômage des jeunes.
Le manque de professionnalisme
Jamais les jeunes générations n’ont eu un accès aussi large à l’information, aux connaissances, et aux outils numériques. Pourtant, de nombreux recruteurs soulignent l’émergence d’un déficit de professionnalisme chez certains jeunes candidats, notamment lors des premières étapes de leur insertion sur le marché du travail.
Dans un contexte où les entreprises reçoivent des masses de candidatures, les recruteurs constatent régulièrement des dossiers incomplets : courriels sans objet ou encore des lettres de motivations dont le contenu a été généré par l’intelligence artificielle, sans personnalisation.
Au-delà des candidatures elles-mêmes, les candidats ne possèdent pas certains codes professionnels, qu’il s’agisse de la ponctualité, de la communication, ou de la posture adoptée lors des entretiens d’embauche.
Ces constats interrogent plus largement sur les transformations récentes des modes d’apprentissages et de socialisation des jeunes générations : l’apprentissage en ligne durant le covid, l’omniprésence des réseaux sociaux, et l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle, offrent des opportunités considérables, mais soulèvent également de nouveaux défis en matière de préparation à la vie professionnelle.
Centre d’Employabilité Francophone : un modèle qui fonctionne
Les Centres d’Employabilité Francophone (CEF) ont été lancés par l’AUF en 2021 et ont pour mission principale de faciliter l’insertion professionnelle des étudiants et d’accompagner leurs premiers pas sur le chemin de l’entrepreneuriat en les dotant de compétences transversales, numériques et entrepreneuriales.
La pérennité de ces centres a été testée. Après une phase initiale d’investissement portée par l’AUF, incluant la conception du modèle, l’ingénierie de partenariat avec les universités, le cofinancement de formations et de certifications, notamment dans le domaine des compétences numériques et de la gestion de projet, ainsi que l’élaboration du modèle économique des centres, les CEF sont désormais en très grande majorité autonomes et intégrés au sein des universités hôtes, qui sont amenées à assurer elles-mêmes la gestion de ces centres, en s’appuyant sur les acquis et sur leur intégration dans le réseau mondial et collaboratif des CEF piloté par l’AUF.
Répliquer le modèle des Centres d’Employabilité à travers le projet EUSEEDS
C’est à partir de l’expérience probante du CEF de Beyrouth au Liban, que l´AUF Moyen Orient a décidé de proposer le projet EUSEEDS.
L’expérience du CEF est éprouvée, testée et très positive, pourquoi ne pas l’étendre à d’autres centres en Méditerranée orientale ? Nathalie Bitar
C’est ainsi qu’est né le projet EUSEEDS, coordonné par l’AUF, et porté par un consortium de 7 partenaires issus de 6 pays (Chypre, Égypte, France, Jordanie, Liban et Palestine).
Le projet a démarré en août 2025, avec une première étape consacrée à la sélection des universités bénéficiaires. À l’issue d’un appel à candidatures lancé en octobre 2025 auprès des universités éligibles de Chypre, d’Égypte, de Jordanie, du Liban et de Palestine, 24 établissements ont été retenus pour bénéficier d’un accompagnement à la création ou à la revitalisation de centres universitaires d’employabilité et de compétences numériques. Une attention particulière a été portée aux établissements situés dans des zones à fort enjeu social.
Durabilité et motivation, éléments clés pour la réussite des centres universitaires
Comme dans la plupart des projets, les modalités de financement déterminent directement la durabilité des actions mises en œuvre. Dans le cadre d’EUSEEDS, une approche axée sur l’appropriation du modèle et l’intégration institutionnelle a été privilégiée. Dans cette perspective, les 24 universités sélectionnées, qui accueilleront ces centres, s’engagent à mobiliser une partie de leur personnel permanent pour assurer les fonctions de gestion du centre, de formation et d’accompagnement.
Le projet EUSEEDS dotera les centres d’un ensemble intégré d’outils et de ressources visant à renforcer leur impact et leur durabilité. Il prévoit tout d’abord la mise à disposition d’une étude prospective sur les compétences professionnelles, interdisciplinaires, transversales et numériques attendues à moyen terme dans les cinq pays de déploiement, afin d’anticiper les évolutions du marché du travail, les métiers en tension ainsi que l’impact croissant des outils d’intelligence artificielle. Cette étude sera disponible en juin 2026. Les centres bénéficieront également de supports de formation couvrant les compétences transversales, numériques et l’entrepreneuriat étudiant, en lien direct avec les besoins identifiés auprès des employeurs. À cela s’ajoutent des modules innovants et des micro-certifications, conçus pour répondre aux exigences actuelles du marché du travail, notamment dans le secteur du numérique.
Enfin, un portail régional regroupant des offres d’emploi des pays du partenariat, destiné à faciliter la mise en relation entre employeurs et étudiants et à renforcer l’accès à l’emploi dans le secteur du numérique, sera mis à disposition des 24 universités.
Le projet encourage également le volontariat. Les étudiants bénéficiaires des formations en compétences numériques seront amenés à dispenser des formations en littéracie et professionnalisation numérique à destination de publics vulnérables de leur communauté avoisinante.
Interreg NEXT MED souhaite beaucoup de succès à l´AUF et à ses partenaires, et souligne que le projet EUSEEDS fait partie des projets mentionnés dans le plan d´action du Pacte pour la Méditerranée, dans le premier piler sur les Personnes et sous le chapitre « Enseignement supérieur, formation professionnelle, développement des compétence, recherche et innovation ».